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 De la solidarité empêchée à un atelier participatif de confection de masques :

une expérience vécue à Foussais Payré d’atelier zéro déchet

Face aux crises écologiques que subissent les humains et tous les êtres vivants, je me suis mise en colère, j’ai milité pour défendre des causes souvent perdues d’avance ; certaines gagnées non par nos actions mais les projets inutiles ont été abandonné faute de moyens financiers. Mes colères m’ont rapprochés de personnes en colère et nous avons fait fuir plus de monde que nous n’en avons accueillis, je veux maintenant rapprocher et rendre mes élans plus joyeux, plus vivants au bénéfice de tous.

Depuis quelques années je veux conjuguer militantisme et résilience et mes actions sont orientées par une bonne énergie, une bonne intention et je me sens à la bonne place. Je ne nie pas mes peurs, mes moments d’indignation, d’accablement, de tristesse, je me sens parfois coupable. Aussi j’ai décidé de faire ma part et si possible d’entrainer ceux et celles qui veulent bien me suivre.

Si je suis encore tentée par l’injonction et le jugement, je tente d’entendre l’autre là où il est sans passer par la violence et ce n’est qu’ensemble, en coopérant que nous pourrons inventer de nouvelles approches.

A l’annonce du virus et de cet isolement imposé, je pensais la solidarité empêchée et seule dans notre maison écologique j’ai commencé à confectionner des masques que j’ai posté à ma famille. Les réseaux sociaux avec leurs mots clés, me donnaient à voir des modèles, des expériences comme la mienne puis j’ai entendu parlé de communes en Vendée qui aménageaient les gymnases pour réunir les couturières volontaires. J’ai alors décidé d’écrire au Maire de Foussais Payré pour mettre en place cette action.

 

Nous nous sommes croisés dans mon hameau et je l’ai convaincu du bien-fondé de cette action pour préserver la santé de tous. Nos étiquettes politiques sont différentes et les élections juste passées pouvaient laisser des traces mais cela ne m’a pas intéressé de freiner mon action pour ces raisons là, la santé de tous est devenue une priorité. Le challenge : 1 masque par habitant pour le 11 mai.

Nous avons convenu que par la liste des associations de Foussais, le Maire lance un appel à volontaires[1]et dès le lendemain le relai était passé.

En 4 jours le téléphone à la maison n’a pas arrêté de sonner, les femmes avaient eu l’information par la voisine, le président du club, la mamie, bref ça a circulé plus vite que le virus en Sud Vendée !

Le plus compliqué a été de trouver du tissu, des attaches mais tout a fonctionné, l’entreprise Telor de Fontenay le Comte a même lissé les prix et nous avons commencé le mardi suivant soit 7 jours après la présentation à la Mairie. Le mardi après midi j’ai posé le cadre de bienveillance et je tenais à avancer en intelligence collective, je me suis positionnée en tant que facilitatrice et deux femmes ont présenté leur modèle, chacune a donné son avis, la plupart avaient testé comme moi à la maison. Les deux modèles ont été validés par le groupe et nous nous sommes mis au travail.

J’ai imposé Le respect des gestes barrières aux femmes qui, confinées seules ou avec leur conjoint, ne les appliquaient pas : lavage des mains fréquent, port du masque, ne pas toucher les objets des autres et pas de gâteaux partagés. J’avoue que ce dernier point a lâché le deuxième jour, les unes et les autres apportaient des gâteaux en parts individuelles ! bien emballés dans des petits papiers pour ne pas toucher la part des autres. J’ai fait des rappels réguliers sur le port du masque, assez étouffant, qui fait de la buée sur les lunettes ; des rappels sur les distances les unes des autres.

Toutes ces femmes ne se fréquentent pas habituellement, chacune tenait à faire sa part : pour aider, pour être solidaire, pour apporter leur savoir-faire, se sentir utile, sortir et rencontrer les autres, partager, apprendre.

J’ai repérée les compétences des unes et des autres et j’ai favoriser l’entraide lorsqu’une machine avait un souci technique, quand une nouvelle nous rejoignait et devait choisir son modèle et ça c’est fait tout seul rapidement. Trois femmes ont découpé nos modèles à chaque demi-journées. Les unes et les autres ont découvert des trucs et astuces pour s’améliorer, en qualité et en quantité et les ont partagé, nous avons beaucoup appris entre nous.

Professionnellement je sais organiser une activité, j’ai planifié les demi-journées et les femmes se sont inscrites la veille pour le lendemain. J’ai géré les emplacements aux tables, les stocks de tissus.

J’ai associé le correspondant Ouest France et nous avons eu un article dans le journal, la secrétaire de la Mairie en a copié pour que chacune reparte avec. Ce même habitant de Foussais Payré fait beaucoup de montages et films, il s’est fait plaisir et nous a filmé en mode « le tuto des masques solidaires » https://youtu.be/W8JyIBD8RwA Chaque jour je prenais des photos de gestes et de mains pour préserver chacune et j’ai créé un groupe « whatsapp », les photos ont circulé sur la France entière voir au délà.

Ces femmes différentes ont commencé à parler de la famille, des enfants, des petits enfants qu’elles ne peuvent pas voir, et comment l’une téléphone tous les matins à sa petite fille, l’autre en skyppe.

Les conversations ont toujours été positives, bienveillantes.

J’avais au tableau, écrit chaque jour de la semaine et je notais à chaque demi-journée le nombre de masques confectionné. A la fois stimulant et stressant, je comptais. Le Maire est passé chaque jour dire bonjour, la secrétaire est venue boire un café et deux des personnes qui assuraient l’entretien sont venue coudre une demi journée avec nous. Le jeudi 7 mai à midi nous avions atteint notre but, l’après-midi a été du bonus, un anniversaire a été fêté, les recettes de gâteaux échangées et avec des chutes de tissus, les cadeaux ont été confectionnés.

Les masques ont été distribué les 8 et 9 mai, les couturières étaient présentes, nous avions exposé les masques en leur donnant des noms, il reste 340 masques à distribuer ainsi que ceux de la communauté de communes et du Conseil Départemental qui ne sont pas tous arrivés.

 

Le 10 mai à Sérigny, Foussais Payré, la veille du 11 mai 2020, Corinne Devaud